30-08-2015-Carte des territoires

Une métropole qui ne tient pas ses promesses

Le but avoué de la MGP était de changer d’échelle et de prendre de la hauteur par rapport au cadre trop étroit de la commune, de dépasser les clivages entre territoires riches et pauvres (par exemple le 92 comparé au 93) en s’affranchissant des limites départementales, de rééquilibrer les inégalités territoriales et de créer un grand espace de solidarité globale qui permettent de partager les ressources, en appliquant des règles d’égalité et d’équité.

 C’est le préfet de la région Île-de-France qui au nom de l’État assure la responsabilité d’arrêter le périmètre des territoires de la MGP, comme le stipule l’article 12 de la loi MAPTAM. La loi Grand Paris de N. Sarkozy qui a introduit le régime d’exception de la métropole francilienne n’a pas été abrogée par le gouvernement socialiste. En conséquence, la MGP reflète deux grands principes issus de cette loi de 2007.

 1/ la confusion entre « grandeur » et performance

En plein débat sur la décentralisation, N. Sarkozy a repris la main au nom de l’État, en affirmant sa volonté de faire de Paris une « ville-monde » au même titre que New York, Londres, Tokyo ou Shanghai, avec une « masse critique suffisante pour rivaliser avec les grandes capitales internationales[1] ». D’où la décision descendante d’accentuer la compétitivité et l’attractivité de l’agglomération, d’y concentrer davantage de fonctions de conception et de commandement, d’actifs qualifiés, de flux de touristes, de marchandises et de capitaux. Pour atteindre cet objectif, il faut faire grossir l’Île-de-France par le doublement du nombre de construction de logements (70 000 /an) et de la capacité du réseau de transports en commun.

 Il s’agit là d’un reniement total de la politique francilienne d’aménagement du territoire depuis le SDAU de Delouvrier de 1965, basé en externe sur la décentralisation vers les autres régions et en interne sur un développement polycentrique alimenté par le desserrement vers les Villes Nouvelles. L’accélération de la croissance démographique de l’Île-de-France par la densification du centre de l’agglomération, le sacrifice des « espaces de respiration », la reconcentration économique sur quelques « pôles d’excellence » apparaissent des objectifs singulièrement démodés au regard de la période historique que nous vivons, aux antipodes des fondamentaux du développement soutenable. La nouvelle offre de transports régionaux est une illusion : loin de réparer l’explosion des inégalités territoriales, elle l’organise…

 2/ La recentralisation de la gouvernance

La nouvelle organisation de la MGP voit le pouvoir de ses élus fortement réduit au bénéfice de l’État. Dans la version qui nous est proposée, le « mille-feuilles » territorial n’est pas simplifié, contrairement à l’objectif initial affiché de la réforme. On a rajouté une couche (métropole), sans en enlever d’autres comme prévu (commune, département). On devait au départ supprimer les intercommunalités et faire de la petite couronne un espace unique, ce que les élus territoriaux ont considéré comme une régression par rapport au système antérieur, où un certain nombre de territoires fonctionnaient en intercommunalité de projet et en péréquation. Les élus ont obtenu de conserver le niveau intercommunal, ce qui est plutôt positif.

Mais ne s’agit-il pas là d’un cadeau empoisonné ? Car on hérite d’une situation extrêmement disparate :

– des EPCI « historiques » de taille significative fonctionnant depuis longtemps en espace de projet (cf. Plaine Commune),

– des territoires de convenance, avec des collectivités de même accointance politique, ou des coalitions d’opposition à d’autres ;

– un émiettement de petits regroupements inopérants de 2 ou 3 communes (Châtillon-Montrouge ; Clichy-Montfermeil ; Le Perreux -Nogent sur Marne) ;

– des grands pôles divisés par des incompatibilités politiques (Puteaux-Courbevoie dans « Seine-Défense » ; Nanterre rattachée à « Mont-Valérien ») ;

– un grand nombre de « communes orphelines », dont la solitude était liée soit à un excès de richesses qu’elles ne souhaitaient pas partager, soit à un excès de pauvreté qui conduisait à un rejet des autres collectivités.

Partant d’une situation aussi confuse, la carte des regroupements proposés est d’une pertinence très inégale. De plus, on n’a pas supprimé de niveau en compensation du rajout de la MGP. Un point positif : toutes les communes sont désormais intégrées dans une intercommunalité. Par contre, il manque toujours la couche de base : le niveau citoyen. Les populations n’ont pas été consultées et n’ont pas donné leur avis sur le découpage des 12 nouveaux territoires. Nous sommes dans une relation duelle Etat-élus et non dans un débat ouvert entre toutes les parties concernées. La difficile « relation de couple » au sein de cet attelage censé diriger la MGP a fait oublier le but initial de cette nouvelle organisation collective : une gouvernance plus démocratique, au service de la réduction des inégalités territoriales et du « mieux-être » de ses habitants.

[1] Lettre de mission de Christian BLANC, secrétaire d’État chargé du développement de la région capitale.

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