Les 15 équipes pluridisciplinaires d’architectes, urbanistes et chercheurs réunies au sein de « l’Atelier International du Grand Paris » (AIGP) ont travaillé pendant un an sur le thème « Habiter le Grand Paris ».

Sujet de leur réflexion : « L’objectif particulièrement ambitieux de construire 70 000 logements par an en Île-de-France constitue un véritable défi. Où construire ces logements ? Quand ? Comment ? Quoi construire et pour qui ? Que faire pour qu’ »Habiter le Grand Paris » devienne une réalité partagée par tous ? »

Ces travaux ont fait l’objet d’une exposition du 1er au 7 Juillet 2013, dans les locaux du « Cent-quatre » à Paris 19ème.

Parmi ces présentations, signalons le travail original et tout à fait intéressant conduit par l’une de ces équipes rassemblée autour du cabinet d’architecte Christian Devillers et associés, intitulée « Les Urbanistes associés »[1] et présenté dans cette vidéo qui a été projetée lors de l’exposition.

Cette recherche est décrite plus longuement dans le texte de synthèse « Aménager le Grand Paris à partir de ses bassins de vie : « Pôles-réseaux-Territoires » du 30 Mars 2013, qui se trouve sur le site de l’AIGP http://www.ateliergrandparis.fr/aigp/conseil/devillers/UrbanistesAssociesHabiter2013.pdf

Cette démarche consistait à vérifier scientifiquement avec une modélisation informatique les hypothèses suivantes :

  • les liaisons domicile-travail en IDF ont une fonction structurante sur les territoires et il est pertinent d’étudier spécifiquement ce type de flux ;
  • il n’y a pas un seul bassin d’emploi en Ile de France que les habitants traverseraient d’un bout à l’autre de la région d’Ouest en Est ;
  • Les flux domicile-travail s’organisent en réseaux, pôles et territoires qui déterminent des « bassins de vie ».

L’étude a montré qu’il existe plusieurs types de pôles en Île de France :

  • un « soleil » constitué par Paris/ la Défense qui rayonne sur l’ensemble de la région ;
  • des « étoiles » qui ont un rayonnement très large (de type Roissy) ;
  • des « zones intenses » d’attraction plus locales autour de pôles qui déterminent des territoires de bassins de vie (exemple le plus typique : les deux zones emboîtées St Quentin-en-Yvelines/ Versailles).

J’ai participé à ces travaux en toute fin de parcours de recherche, pour apporter des précisions sur les différents niveaux d’emboîtements, clarifier la distinction entre bassins de main d’œuvre / bassins d’emplois (flux centrifuges et centripètes) et identifier ce que j’ai appelé les pôles « hydroponiques » (cf Roissy, intitulés « étoiles » dans l’étude Devillers) avec une aire directe très faible et une aire diffuse gigantesque. L’équipe m’a permis à mon tour de clarifier la notion de « zone intense » qui constitue pour moi le recoupement entre un bassin de main-d’œuvre et un bassin d’emploi et que j’appelais abusivement autrefois « bassin de vie ». On en trouvera une illustration dans mon texte « concepts généraux » avec l’exemple des 3 cartes superposées d’Argenteuil.

Le grand mérite des travaux de l’équipe Devillers est d’avoir démontré scientifiquement et systématisé à l’échelle régionale ce que certains vérifient depuis longtemps dans leur activité d’aménagement et d’urbanisme sur les territoires franciliens (dont J.L. HUSSON et moi-même) : rien n’est moins fluide que l’Ile de France et rien n’est plus segmenté que les liaisons domicile-travail. A ma connaissance, une telle analyse globale et systématique n’avait pas été entreprise depuis les études de J.J. RONZAC sur les « zones de solidarité » de l’IAURIF en 1982. Il serait d’ailleurs extrêmement intéressant de comparer les deux découpages à 30 ans d’écart. Et les études de J.L. HUSSON et moi-même sur les 50 bassins d’emplois de l’Ile de France pour l’ANPE en 1987-1990.

Les travaux tout à fait remarquables de l’équipe Devillers battent en brèche la vision simpliste de Christian Blanc d’un Grand Paris d’un seul tenant dont il suffirait de relier les « pôles d’excellence » par un grand réseau de transports de transit rapide reposant sur une hypothétique « fluidité » de la métropole. Ils plaident au contraire pour une organisation polycentrique de l’Ile de France autour de « zones intenses » d’échanges à l’intérieur de territoires de 100000 à 400000 habitants, qu’il s’agirait de conforter par une meilleure autonomie, en renforçant l’adéquation actifs /emplois et le maillage en transports de desserte fonctionnant en cabotage local. Ce qui permettrait de développer les « transports évités » et de stopper la croissance inéluctable de 300000 nouveaux flux de déplacements/jour chaque année qui posent des problèmes ingérables de modernisation du réseau de transports existant, dont l’accident de Brétigny-sur-orge constitue le dernier avatar.

On ne peut que souhaiter que cette recherche soit poursuivie par des déclinaisons concrètes sur des territoires. Et pourquoi pas une application en Plaine de France ? Une « Plaine de France des habitants », voilà qui aurait du sens, avec le redéploiement de la « zone intense d’Aulnay-sous-bois », fortement sinistrée par la perte d’un de ses principaux fleurons industriels (PSA) et dont il s’agirait de conduire la reconversion à partir des besoins de ses résidants. Et de l’autre, de développer modérément les fonctions métropolitaines aéroportuaires du pôle « étoile » de Roissy, au lieu de tenter vainement d’intensifier un bassin de vie inexistant, et des fonctions urbaines polyvalentes qui ne peuvent qu’accroître l’étalement urbain sans retombées locales significatives.

[1] Outre le cabinet Christian Devillers et associés (dont Marie Evo), citons Robert Spizzchino, Alain Bourdin, Jean-Michel Roux, DTZ…